Interview : Jean-François Payet (Payet Construction) — « Le BTP réunionnais se réinvente »
Chaque semaine, BusinessPEI donne la parole à un dirigeant réunionnais. Questions directes, réponses sans langue de bois.
BusinessPEI : Le BTP réunionnais traverse une période difficile. Comment votre groupe s’adapte-t-il ?
Jean-François Payet : Oui, le marché est en contraction. Les livraisons de logements neufs ont chuté de 18 % en 2025, les taux d’intérêt ont refroidi les acheteurs et les programmes publics ont été décalés. Notre adaptation s’est faite sur deux axes : d’abord, un recentrage sur la rénovation et la réhabilitation, un marché plus régulier et moins exposé aux cycles. Ensuite, un investissement massif dans la transition énergétique — isolation, panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur. C’est là que la demande se concentre désormais.
Le développement durable est-il une contrainte ou une opportunité pour les entreprises du BTP à La Réunion ?
Jean-François Payet : Les deux à la fois, honnêtement. C’est une contrainte réglementaire et financière — les normes RE2020 demandent des investissements en formation et en matériaux que les petites entreprises ne peuvent pas toujours absorber. Mais c’est aussi une vraie opportunité : La Réunion a un objectif d’autonomie énergétique à 100 % en 2030, ça représente des milliards d’investissements dans les années à venir. Les entreprises du BTP qui se positionnent maintenant seront les grandes bénéficiaires de cette transition.
Le recrutement est-il votre principale difficulté opérationnelle ?
Jean-François Payet : C’est la première préoccupation de tous les chefs d’entreprise du BTP que je rencontre. Nous avons des jeunes sans emploi et des postes non pourvus en même temps — c’est un paradoxe réunionnais douloureux. Le problème n’est pas quantitatif, il est qualitatif : les métiers du bâtiment souffrent d’un déficit d’image, les jeunes ne s’y orientent pas. Nous travaillons avec des lycées professionnels, nous proposons des contrats d’alternance, mais il faudrait une vraie campagne nationale pour valoriser ces métiers. Un ouvrier qualifié en métallerie ou en électricité du bâtiment gagne 2 200 à 2 800 € net par mois à La Réunion. C’est loin d’être négligeable.
Votre message aux pouvoirs publics ?
Jean-François Payet : La commande publique, la commande publique, la commande publique. Les collectivités locales ont des budgets d’investissement significatifs. Que ces marchés bénéficient réellement aux entreprises réunionnaises plutôt qu’à des groupes nationaux qui rapatrient leurs marges en métropole — voilà la vraie différence que l’on peut faire localement. Les règles européennes encadrent ça, je le sais, mais la latitude existe. Il faut la saisir.
Jean-François Payet, PDG du groupe Payet Construction, 280 salariés, Saint-Pierre — La Réunion. Propos recueillis par la rédaction BusinessPEI.
