PEC à La Réunion : la suppression massive des contrats aidés menace l’économie locale
La Réunion fait face à une réduction brutale et sans précédent de ses contrats Parcours Emploi Compétences (PEC). Passant de 25 000 contrats en 2024 à 10 000 en 2025, puis à seulement 4 000 pour 2026, cette coupe drastique décidée par le gouvernement soulève une vague de protestations parmi les élus et les collectivités, et fait craindre un véritable séisme social et économique sur l’île.
Un couperet tombé le 5 mai 2026
C’est lors d’une réunion à la préfecture, le 5 mai 2026, que le préfet Patrice Latron a officialisé la mauvaise nouvelle auprès des maires de l’île. La Réunion ne bénéficiera, pour l’ensemble de l’année 2026, que de 4 000 contrats PEC — soit un quart de la dotation nationale — contre 10 000 l’an passé. Cette répartition est entérinée par l’instruction N° DGEFP/MIP/METH/MPP/2026/39 du 3 avril 2026 relative au fonds d’inclusion dans l’emploi.
La ventilation de cette enveloppe est particulièrement sévère pour les communes : sur les 4 000 contrats, 1 700 sont attribués au Conseil Départemental, 250 à la Région (emplois verts, contre 700 en 2025), et seulement 800 pour l’ensemble des 24 communes et des 5 intercommunalités de l’île. Un chiffre qui représente moins de 15 % du niveau de 2025 pour les collectivités locales. Par ailleurs, le taux de prise en charge de l’État a été revu à la baisse, passant de 40 % à 30 % du SMIC horaire, sur une durée ramenée à six mois au lieu de dix.
Un effondrement en trois ans : de 25 000 à 4 000 contrats
Pour mesurer l’ampleur de la chute, il suffit de rappeler les chiffres. En 2024, La Réunion comptait encore 25 000 bénéficiaires de PEC, des contrats aidés destinés à faciliter l’insertion professionnelle des personnes éloignées de l’emploi. En 2025, ce nombre avait déjà été ramené à 10 000, après que le président de la République s’était pourtant engagé, lors d’une visite sur l’île, à pérenniser un volume annuel de 12 000 contrats. En 2026, la chute se poursuit de façon vertigineuse avec un nouveau recul de 60 %, ramenant l’enveloppe à son niveau le plus bas depuis la création du dispositif.
Pour la Région Réunion, qui parle de « scénario catastrophe qui se réalise », la baisse est tout aussi douloureuse : les emplois verts passent de 700 à 250 contrats, avec un taux de prise en charge réduit à 41 %. De leur côté, les communes doivent se partager 800 postes à peine, ce qui rend quasi impossible le maintien de services essentiels déjà fragilisés.
Les services publics en première ligne
Les Parcours Emploi Compétences constituent, à La Réunion, bien plus qu’un simple outil de politique d’emploi. Ils sont un maillon structurant du fonctionnement des services publics locaux. Cantines scolaires, espaces verts, services d’animation, crèches, bibliothèques, entretien des équipements sportifs et culturels : autant de missions assurées en grande partie par des agents en PEC dans les mairies et intercommunalités.
Avec 6 000 emplois aidés en moins par rapport à 2025, c’est toute la chaîne de l’action publique locale qui est menacée. Comme l’a souligné le maire d’une commune réunionnaise, Alexis Chaussalet : « On voit que la suppression des contrats PEC va avoir un impact sur la qualité du service public de façon générale. » Les associations d’insertion et les opérateurs du secteur social tirent également la sonnette d’alarme : « Emplois précaires perdus, associations fragilisées, services publics en tension — le désengagement de l’État sur les PEC n’est pas sans conséquences », alertent-elles.
Un impact économique direct sur les ménages réunionnais
Au-delà de la désorganisation des services publics, c’est l’économie locale dans son ensemble qui risque d’être fragilisée. La Réunion affiche un taux de chômage de près de 18 %, l’un des plus élevés de France, et un chômage des jeunes qui dépasse les 30 %. Dans ce contexte, les PEC jouent un rôle d’amortisseur économique : ils permettent à des milliers de ménages d’accéder à un revenu, même modeste, et donc de maintenir un certain niveau de consommation locale.
La suppression de 6 000 contrats équivaut à la perte de milliers de revenus mensuels dans des foyers parmi les plus vulnérables. Pour une économie insulaire où la demande intérieure est déjà contrainte, cette ponction sur le pouvoir d’achat des ménages à faibles revenus est susceptible d’affecter l’activité du commerce de proximité, de la restauration, des services à la personne et de nombreux secteurs dépendant de la consommation populaire.
Selon la FEDOM (Fédération des Entreprises d’Outre-Mer), les montants notifiés pour 2026 s’élèvent à 127 millions d’euros pour l’ensemble des Outre-mer, dont 27 millions d’euros pour La Réunion — une enveloppe jugée largement insuffisante au regard des besoins du territoire.
Une mobilisation historique des élus réunionnais
La colère est palpable parmi les élus de tous bords. La maire de Saint-Denis, Éricka Bareigts, a dénoncé fermement la décision : « Par cette décision, le gouvernement abandonne les Réunionnaises et les Réunionnais. Notre île, avec un taux de chômage de 18 % et un taux de pauvreté parmi les plus élevés de France, ne peut pas se permettre ce recul. Les PEC sont un maillon indispensable de l’action publique. Ils permettent de réinsérer des personnes éloignées de l’emploi, de lutter contre la grande pauvreté. »
Le député Éric Fruteau a quant à lui estimé que « la baisse des PEC n’est pas une fatalité économique, mais un choix idéologique », ajoutant que ce choix « aggrave une double peine : chômage de masse et pauvreté endémique ». Son collègue Frédéric Maillot a également porté le sujet à l’Assemblée nationale, dénonçant avec force la diminution des emplois aidés lors d’une séance de questions au gouvernement.
Face à cette situation, les maires réunionnais ont appelé à une grande mobilisation le 20 mai 2026, pour que l’État entende la voix de l’île et revienne sur une décision jugée inacceptable. Collectivités territoriales, élus locaux, parlementaires et acteurs associatifs se sont ligués pour réclamer des mesures transitoires et la pérennisation des emplois sur les missions de service public.
Vers quelles solutions ?
Face à l’urgence de la situation, plusieurs pistes sont évoquées. Les élus réunionnais demandent a minima des mesures transitoires permettant d’éviter la rupture brutale des contrats en cours, ainsi qu’un engagement de l’État sur un volume plancher de PEC qui tienne compte des spécificités socio-économiques des Outre-mer. Un collectif citoyen a également lancé un débat en ligne sur « l’après-PEC », cherchant des alternatives structurelles aux contrats aidés pour sécuriser l’emploi d’insertion sur le territoire.
La question se pose, plus largement, de la cohérence de la politique nationale d’emploi vis-à-vis des territoires ultramarins. Le Sénat, dans ses travaux sur le projet de loi de finances pour 2026, avait pourtant prévenu que « le recul de l’emploi, déjà à craindre en 2025, devrait advenir en 2026 », avec une hausse anticipée du taux de chômage. À La Réunion, cette tendance nationale risque d’être amplifiée par l’effondrement des PEC, creusant davantage les inégalités dans un territoire déjà structurellement fragile.
La rédaction de BusinessPEI suit de près l’évolution de ce dossier et vous tiendra informés des suites données à la mobilisation du 20 mai.
