Tereos cède ses actifs sucriers à La Réunion : une opération à plusieurs centaines de millions d’euros en cours
Le groupe coopératif sucrier Tereos, l’un des leaders mondiaux de la transformation de betterave et de canne à sucre, a engagé un processus de cession de ses actifs à La Réunion. Une opération d’envergure qui concerne l’ensemble du dispositif industriel et agricole du groupe sur l’île, et dont l’issue pourrait profondément remodeler la filière canne-sucre réunionnaise.
Tereos à La Réunion : un empire sucrier hérité de l’histoire
Présent à La Réunion à travers sa filiale Tereos Océan Indien, le groupe exploite deux des trois sucreries encore en activité sur l’île : le Gol (à Saint-Louis) et Bois-Rouge (à Saint-André). Ces deux usines traitent chaque année l’essentiel de la production de canne à sucre réunionnaise, soit environ 1,5 million de tonnes, pour produire près de 200 000 tonnes de sucre brut, principalement exporté vers l’Europe.
Le groupe est également impliqué dans la production de rhum industriel via la distillerie du Gol, et dans la valorisation des coproduits (bagasse, mélasse, énergie). Au total, Tereos représente un outil industriel stratégique pour l’économie de l’île, et un employeur significatif de la zone Ouest et Nord-Est.
Pourquoi Tereos cède-t-il ses actifs réunionnais ?
La décision de Tereos s’inscrit dans un contexte de restructuration stratégique globale du groupe, qui cherche à se recentrer sur ses métiers core en Europe et au Brésil, et à alléger une dette financière significative accumulée ces dernières années. Les actifs ultramarins, bien que rentables, sont considérés comme non stratégiques dans la nouvelle feuille de route du groupe.
Par ailleurs, la filière canne-sucre réunionnaise fait face à des défis structurels de long terme : baisse tendancielle des tonnages de canne livrés, pression sur les cours mondiaux du sucre, hausse des coûts de production et évolutions réglementaires européennes. Ces éléments renforcent la logique d’une cession à un opérateur capable d’investir spécifiquement dans la modernisation et la diversification des usines réunionnaises.
Les candidats à la reprise : un dossier sous haute surveillance
Le dossier attire l’attention de plusieurs types d’acteurs. Du côté industriel, des groupes sucriers internationaux pourraient se positionner sur un actif offrant un accès privilégié au marché européen via les régimes préférentiels DOM. Des fonds d’infrastructure et des investisseurs spécialisés dans les agro-industries tropicales sont également mentionnés.
Plusieurs acteurs locaux et régionaux étudient aussi la possibilité d’un montage permettant une reprise par les planteurs ou une structure collective réunionnaise, sur le modèle de certaines coopératives agricoles. Une option politique sensible, soutenue par certains élus de l’île qui souhaitent éviter qu’un actif aussi stratégique passe entièrement sous contrôle extérieur.
Des enjeux considérables pour l’économie réunionnaise
La filière canne-sucre-rhum représente encore aujourd’hui une part significative de l’activité agricole et industrielle de La Réunion. Elle fait vivre directement plusieurs milliers de planteurs, salariés d’usines et employés de la filière logistique. L’identité de l’acquéreur déterminera en grande partie les orientations futures : maintien du modèle sucre brut, diversification vers le rhum agricole premium, développement de la production d’énergie verte à partir de bagasse, ou encore valorisation de nouveaux coproduits.
Les négociations se déroulent dans un cadre confidentiel, mais plusieurs sources proches du dossier indiquent que la transaction pourrait être bouclée d’ici la fin de l’année 2026. Le prix de cession, non communiqué officiellement, serait néanmoins estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, compte tenu de la valeur des outils industriels et des terrains concernés.
La position des pouvoirs publics
Le Conseil régional et le Conseil départemental de La Réunion suivent le dossier de près, conscients que l’avenir de la filière dépend en grande partie des engagements que prendra le futur acquéreur. Des garanties sur le maintien de l’emploi, la poursuite des relations contractuelles avec les planteurs et les investissements dans la transition énergétique des usines sont au cœur des discussions avec l’État.
BusinessPEI suivra en temps réel l’évolution de ce dossier stratégique et vous informera dès que de nouveaux éléments seront disponibles.
Vous êtes acteur de la filière ou avez des informations à partager sur ce dossier ? Contactez notre rédaction via notre formulaire de contact — la confidentialité est garantie.
